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jeudi 10 avril 2014

Qui sont les Serbes et d'ou vient i'ls ?

                                                    Qui sont les Serbes et d'oü vien t'ils ?
 Qui sont les Serbes et d'oü vien t'ils ?

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SERVIE. Qui sont les Serbes et d'oü vien t'ils ?
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CHAPITRE I".

DonnÉes GÉographiques. —Cette principauté, qui correspond à l'ancienne Moesie supérieure et qui, malgré son indépendance de fait, est regardée par les Turcs comme faisant partie de l'eïalet de Roumélie, est bornée au nord par le Danube et la Save, au sud par l'Albanie

et la Macédoine, à l'est par la Bulgarie; la Bosnie forme sa limite occidentale. Sa largeur moyenne mesure à peu près trente-cinq lieues, et sa longueur, d'orient en occident, est d'environ trois degrés géographiques. Les hauteurs et les gorges du Monténégro la défendent du coté de la mer, et les plis de terrain que tonnent ses montagnes lui permettent de lutter avec avantage contre des forces numériquement supérieures.

L'étendue du territoire serviena varié selon les époques. Ainsi, après les conquêtes d'Etienne Duschan , vers le milieu du quatorzième siècle, ce prince .irait réuni sous sa domination : 1° la Servie proprement dite ; 2° la Rascie ; 31 la Pnmordia, c'est-à-dire une partie de l'Hertzégovine avec le cours de la Narenta jusqu'à l'Adriatique ; 4" la Sla- vonie; 6" la Bosnie; 6" la Bulgarie; 7" la Macédoine; 8" la Dalmatie; 9° la Croatie.

Langue. — Quoique ces provinces aient été, pour la plupart, conquises par Its Vénitiens , les Hongrois, les Autrichiens et les Turcs, elles continuent de former la patrie des Slaves, unis en dépit des remaniements politiques par la lan- ne et le lien non moins puissant des mêmes souvenirs nationaux. Le Danube, la Save, la Drinn, la Morava, le Vardar et d'autres fleuves moins considérables sont souvent cités dans les chants de tîntes ces peuplades; et la poésie les associe encore de nos jours à des idées «le gloire et d'indépendance. Des mon- lapies, des monastères ont gardé le nom d'anciens guerriers ; des villes de- (xmlongtempsconquises par l'étranger, comme Raguse, Mostar, Séraïévo, Dul- flino, Durazzo, Scutari, Prisren, Trav- nik, aujourd'hui déchues, revivent dans la poésie survienne avec leur ancienne importance historique ; de sorte que, si le royaume d'Ivan Tzernoïévitch ou d'Etienne Duschan se reconstituait soudainement par le courage d'un Hunyade pu d'un Seanderbeg, on pourrait croire que la conquête aurait à peine altéré 1« mœurs et le génie guerrier de ses habitants.

Avant que les Slaves s'établissent dsns ces riches contrées, elles furent wupéestour à tour par lesTriballiens, les Dardaniens, les Scordisqucs, les R*ss«, qui furent subjugués par les Romains. Nous avons vu que sous ces derniers elles tirent partie de la Pan- winie « de la Mœsie, dont elles parta- wnt les vicissitudes. Ravagées par les Hnns, elles ne furent qu'a demi sou- mis'S aux empereurs de Byzance.

ORir.isE. — Nous rie nous arrêterons P's à discuter si les Servions tirent leur

nom des Sorabes de a Lusace : peut- être sont-ils de la même famille que les Thraces et les Sarmates ; ce qui est hors de doute, c'est qu'ils appartiennent à la race slave, et qu'après s'être établis sur le Danube ils occupèrent la Servie actuelle, la Bosnie, la Trébonie, la Pri- morie et quelques côtes de l'Adriatique entre Cataro et Durazzo. Quelque, temps auparavant, les Croates, peuplade de la même origine que les Serviens, s'étaient empara d'une partie de la Dalmatie, soumise dès cette époque à un joupan, sous la protection de l'empereur grec. Les Croates et les Servions se réunirent plus tard sous l'autorité d'un grand joupan ( véliki joupan).

Une circonstance qui a eu sur les mœurs et l'avenir des Slaves du Danube une influence bien remarquable, c'est qu'ils recurent les premières notions du christianisme dans leur propre langue ; et que dès lors la liturgie et les saintes Écritures furent traduites en slayon. Comme leur conversion eut lieu à la même époque où ils reconnurent la suprématie des empereurs grecs, ces derniers purent espérer que la soumission des Serviens serait complète. Cependant ils n'acceptèrent qu'avec des restrictions la suzeraineté politique et l'excercice de la domination religieuse. D'abord toute espèce de joug paraissait insupportable ù leur caractère remuant et à leurs instincts belliqueux ; et en outre ils trouvaient dans la protection de l'Église latine un point d'appui et une protection dont ils ne se firent point scrupule d'abuser en mainte circonstance.

La première condition qu'ils mirent à leur dépendance, c'est qu'ils ne seraient pas gouvernés par des officiers grecs et qu ils choisiraient eux-mêmes leurs chefs parmi leurs compatriotes ; grftce à ce droit, ils conservèrent le principe électif, base de tout gouvernement libre.
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Quoique les premières semences ilu christianisme eussent été répandues depuis longtemps parmi les Slaves du Danube, les invasions successif de peuplailes païennes avaient compté; tement dénaturé les croyances,_qm offraient un mélange grossier d'idolâtrie et de pratiques superstitieuses. Ce fut précisément à l'époque où éclata le schisme en Orient, c'est-à-dire vers la fin du neuvième siècle que les Serviens , effrayés des ravages des Sarrasins, dont "les pirates avaient pillé If côtes de la Dalmatie, renoncèrent au paganisme, et implorèrent la protection de l'empereur Basile, qui envoya des prêtres pour les baptiser et les instruire. Os missionnaires les trouvèrent déjà prévenus contre l'Église d'Occident. Némania ou Néman, qu on trouve également cité parmi les princes de la Rasc.ie, semblaitdisposé à acccepter la suprema- tie de l'empereur des Germains; ce qui ne l'empêcha point de bâtir un gran1
SERVIE. 
Qui sont les Serbes et d'oü vien t'ils ?

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consacrées an culte d'Orient. Il fonda le cloître de Khilendar, sur le mont Athos, ra grande vénération parmi les tribus slaves dn Sud. Il y prit le froc de ca- loyer, et y mourut en grande vénération.

Le concile de Dioclée, tenu en 1199, avait déclaré en principe la séparation des pouvoirs spirituel et temporel. Cette prescription contrariait les idées d'indépendance qui caractérisent le génie *rvien, et ramena les Slaves vers la communion grecque. Saint Sava, fils de Vtnaaia poursuivit l'oeuvre de son père, ei fonda l'ordre religieux sur une hase nationale. Le patriarche de Constau- tmople accorda aux Serviens le privilège d'élire leur archevêque dans le sein Je lenr propre clergé ; et saint Sava fut ce premier archevêque. Il établit sa résidence à Uschitz , et le caractère sacré dont il fut revêtu ajouta à la considération qu'il méritait comme prince temporel; il Dt monter son frère sur le trône, le couronnant lui-même, avec les wrémonies du rit grec, au milieu d'un concours nombreux de prêtres et de laïques, qui répétèrent après lui le Credolon la formule orientale.

Nous nous abstenons de donner la suite des princes serviens; l'histoire i!e cette époque est trop confuse pour lu'il soit possible de présenter cette série avec ordre et sur des documents Authentiques. Il est à espérer que quelques Slaves, jaloux de donner au monde lettre des renseignements plus complets et plus exacts que ceux qu'il est permis de consulter, trouveront dans Is chartes des cloîtres et surtout dans les archives du mont Athos des données qui combleront les lacunes et redresseront bien des erreurs. Mais ce que nous avons dit suffit pour donner une idée de ce qu'était le pays dans le IMorzième siècle. Cette opinion est eIle de Rauke, dont nous suivrons souot les appréciations et le plan pour «
Plusieurs circonstances ont concouru 3 isoler les Slaves dans leurs instituions; nous avons indiqué les prin- wpales; c'est grâce à ces conditions particulières qu'ils u'ont point été ab- *>rt>« par les Grecs, les Allemands ou '« Vénitiens. Au premier abord, il pa

raît singulier qu'ils ne se soient pas réunis à la grande famille slavo-russe, dont les rapprochaient le langage et les croyances religieuses. Un coup d'oeil rapide sur l'histoire de Russie suffira pour expliquer comment la Servie a échappé au sort de tant de peuplades qui ont payé de leur liberté favantage d'appartenir à un gouvernement fort. Parmi les causes qui n'ont pas permis aux Russes de s'agrandir du cmé du sud, il faut compter en première ligne les querelles des princes apanages, qui les portaient plutôt à se disputer leur héritage qu'a faire de nouvelles conquêtes, de sorte que la tendance des premiers descendants de Ruric à s'étendre vers le Danube, pour inquiéter de là Constantinople , fut abandonnée par les grands princes. Un motif plus impérieux encore fut l'invasion desMon- gols, qui pesèrent sur ce vaste pays depuis le treizième siècle et qui inquiétèrent la Russie jusqu'à 1,1 destruction de la horde de Casan et l'époque l'abaissement définitif des Tartares de la Crimée. Quant à la Pologne et à la Bohême, elles n'ont point cessé d'entretenir avec l'Occident des rapports religieux et politiques.

Les Mongols, affaiblis par leurs conquêtes et trop éloignés de leur patrie pour réparer leurs pertes, furent repoussés par les tribus slavo-germaniques de la Silésie et sur les fontieres de l'Autriche. Leurs armées, qui consistaient surtout en cavalerie, ne pouvaient ni se déployer ni subsister longtemps dansdes contrées montagneuses. Aussi, échouèrent-ils en Servie, où l'archevêque, après avoir invoqué la protection de saint Sava et d'Arsénius, conduisit les Slaves au combat, et repoussa les infidèles.

L'empire latin, sorti des querelles qui s'étaient élevées entre les empereurs grecs et les princes croisés, manifesta des prétentions au royaume de Servie ; rnnis il était trop faible' pour les appuyer efficacement. Baudouin II transmit ses droitssur la Servie et l'Albanie ; mais ces provinces, soutenues par les Vénitiens, s'inquiétèrent peu de ces prétentions.

Le rétablissement de l'empire grec fut le signal de nouveaux troubles. Les empereurs, dans la crainte des Latins, se virent obligés de faire quelques concessions aux exigences de Rome, ce qui exaspéra le bigotisme de la populace ; ces dissentiments achevèrent d'énerver le gouvernement; et les Serviens profitèrent de la circonstance pour prendre l'offensive : ils s'emparèrent du pays que baigne le Vardar supérieur et qui avait appartenu à leurs ancêtres; 1 impuissance de Constantinople les encouragea à faire de nouveaux empiétements, et vers le milieu du quatorzième siècle ils dominèrent sur la partie la plus considérable de l'Illyrie.

La politique de leurs princes s'attachait à favoriser dans l'empire grec le parti opposé à la cour. C'est ainsi qu'ils appuyèrent Andronic contre son frère aîné et qu'on les vit offrir un refuge à des gouverneurs tombés en disgrâce et dont le pouvoir se releva plus fort par leur appui.

Lorsque Cantaeuzène revêtit la pourpre, les Serviens formaient un peuple nombreux et puissant ; les avances que leur fit le prétendant à l'empire semblaient leur présager un accroissement rapide de grandeur et de prospérité. Le nouvel empereur, voyant son antorité chancelante et ne rencontrant autour de son trône que discorde et impuissance, tandis que la capitale était livrée à des disputes puériles et à l'esprit de rébellion, devait chercher ailleurs un appui sérieux. Il s'adressa au puissant roi de Servie, Etienne Duschan, qu'il alla trouver dans sa résidence de Pristina pour l'engager à embrasser son parti. Les deux princes convinrent entre eux que les avantages de la guerre qu'ils entreprenaient en commun appartiendraient à celui qui les aurait remportés, sans que l'autre eût rien à y prétendre; et que les villes que l'un ou 1 autre considérerait comme ennemies auraient la liberté de se déclarer, à leur choix, pour l'empereur ou pour le roi des Serviens. Si cette convention, dont parle Nicéphore Grégoire, a eu lieu effectivement, il en résulterait, comme l'observe l'historien de la Servie, que Cantacuzène et Etienne Duschan avaient cimenté leur alliance, selon la coutume servienne, par les liens de la fraternité. Vingt- quatre voïwodes accompagnèrent Cantacuzène pour l'aider à s'assurer le trône.

Les habitants du pays où se faisait

la guerre étaient pour la plupart d'origine slave, de sorte que des villes importantes telles qu'Édesse et quelques autres se soumirent à Duschan, bien qu'elles eussent cédé aux armes de Cantacuzène. Ce dernier, malgré la teneur des conventions, en témoigna de la jalousie, et pour montrer à so'n allié qu'il pourrait désormais se passer dclui, il appela à son secours les Turcs Os- maniis. qui venaient d'envahir l'Asie Mineure. Cette déloyauté n'eut pas le succès qu'en attendait l'empereur; Duschan combattit avec gloire les infidèles; et, par un sentimentde magnanimité, il s'abstint de toute hostilité envers son frère d'armes. Toutefois, tandis que Cantacuzène portait ses armes victorieuses dans la Thrace, le roi serran s'empara de la Macédoine; la ville de Pliera? et quelques autres tombèrent en son pouvoir. La renommée de ses exploits lui facilita de nouvelles conquêtes, et le courage, joint à un? grande habileté, le fit triompher dansdes luttes douteuses. Ses États s'étendirent bien au delà des frontières du jou pan Néinania ; ils comprenaient le cour* supérieur de la Raschka, rivière quia donné son nom à la Rascie, jusqu'à la Save. Menacé par Louis de Hongrie, H marcha contre ce prince après avoir reçu la bénédiction du clergé , et il eut I honneur de forcer son ennemi à reculer; selon l'historien Engel, il s'empara de Helgrade, déposséda le ban de Bosnie, et donna à cette province un gouvernement indépendant. Raguse lui rendi de grands honneurs, en 1347, et se m sons sa protection. Les Albanais combattirent sous ses étendards ; Arta « Janina reconnurent sa domtnanoi Maître de ces positions importantes, M envoya ses lieutenants dans la Roumeiie:

et les Slaves bulgares, en reconnaissant son autorité , semblaient lui ouvrir chemin de Constantinople.
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Source;http://www.google.com/books?id=IDILAAAAIAAJ&pg=PA243&dq=lazare&lr=&hl=fr&output=text

dimanche 26 mai 2013

Les albanais a la veille de la Bataille du Kosovo 1389



Lorsque les auxiliaires serviens, de retour dans leur pays, racontèrent le supplice de leurs frères devant Konia, le ressentiment fut général, et la Servie se révolta, comptant sur l'assistance des Bosniens et même des Bulgares, dont le kral Sisman, quoique beau-père de Murad, s'unit en secret contre lui avec Lazare, kral de Servie (2). Les forces des deux peuples firent subir à vingt mille Turcs, alors occupés à p lier la Bosnie, une défaite si complète que cinq mille a peine échappèrent au carnage [1387]. Murad pouvait bien alors disposer des troupt s auxiliaires des princes asiatiques de Tekke, Aidin, Mentesche, Ssaruchan, et Karaman, inclinés devant sa puissance (3); mais, en Europe, léserais de Bosnie, de Servie et de Bulgarie étaient ligués contre lui; le prince de la Tatarie-Dobruze s'était laissé entraîner à la défection; il n'y avait que ses vassaux, les princes de Guslendil et de Serrads h qui lui demeurassent fidèles. Il se prépara donc à une campagne d'Europe; et pour assurer pendant ce temps le repos de l'Asie, il en partagea l'administration dans les cinq sandschaks suivants : le pays de Kermian, qui jusqu'alors avait été gouverné par Bajesid, fut confié au vesir-beglerbeg Timurlasch, attendu que le prince, ainsi que son frère Jakub, sniaient leur père en Europe: un autre Ttmwrtasch-subaschi ( lieutenant de police ) fut placé à la tète de l'administration de Slwrihisar et du pays situé sur le Sangarius; Firus-Beg reçut le sandschak d'Angora; le subaschi Kods- cha-Beg, celui d'Akschehr, et le subaschi Kut


Avant d'entrer en campagne, Murad se rendit à Jenitschehr pour y célébrer son mariage et celui de ses deux fils, Bajesid et Jakub, avec trois princesses byzantines, et pour fêter en même temps la circoncision de ses trois petitsfils. Chez les Arabes, Persans et Turcs, ce n'est pas seulement la célébration du mariage des jeunes filles que l'on désigne par le mot noce; sous ce terme générique on comprend aussi la solennisation de la circoncision des garçons, parce que, dans les idées des Orientaux, les fêtes de mariages sont données uniquement à la fiancée et non point à l'époux, qui déjà, comme jeune garçon, a reçu dans les fêtes de la circoncision un dédommagement pour la douleur subie dans l'opération, de même que les réjouissances du mariage sont destinées à sécher les larmes de la jeune fille. Au milieu des réjouissances de Jenitschehr, Murad, pour reconnaître les assurances d'amitié du sultan d'Egypte, envoya à son tour à ce souverain pour ambassadeur Jasidschi - Oghli ( fils de l'écrivain), dont les fils, qui portèrent le même nom que leur père*, honorèrent la littérature ottomane sous le règne de Murad II.

A peine les fêtes étaient achevées, Ali-Pascha s'avança avec trente mille hommes pour châtier la perfidie de Sisman. La Bulgarie, autrefois la Mysie Inférieure, est un pays fertile, protégé, au nord, par le Danube, qui, dans cette partie de son cours, est large et profond, et, au sud, par la chaîne de l'Hœmus. Du côté de ces montagnes, la Bulgarie, dans toute sa longueur, n'est accessible que par ses défilés, auxquels correspondent sur la ligne parallèle du Danube autant de places plus ou moins fortifiées , en sorte que chaque passage venant de la Rumili est, pour ainsi dire, fermé par une forteresse bulgare. Les deux places les plus extérieures de la frontière septentrionale sont, vers l'ouest, Vidin, et, à l'est, Silistra ( le Bodène et le Dorostolos des Byzantins ) (2). Près de Vidin, se trouve , à l'est, Nicopolis, qui, à une époque postérieure, a usurpé la gloire d'une ancienne ville de ce nom située plus avant dans le pays (1 ); et près de Silistra, vers l'ouest, on rencontre Rusdschuk, à la place de l'ancienne Securisca ; et entre Nicopolis et Rusdschuk, là où était Saidava, s'élève la ville de Sistov, fameuse dans l'histoire des traités par la dernière paix conclue dans ses murs entre l'Autriche et la Porte. Les défilés de l'Hœmus correspondant à ces points de la frontière septentrionale, dans l'ordre où ils ont été cités, sont: 1° le Ssuluderbend (passage aqueux ) et le Capuluderbend, qui servent d'ouverture au défile le plus occidental; 2° celui d'isladi, célèbre plus tard par la victoire d'Hunyad, et qui mène à Vidin par Sofia et Nissa; 3° celui de Kasanlik, qui conduit à Nicopolis; 4° Demurkapu (la porte de fer ), débouchant vers Sistov; le cinquième et le sixième, percés à côté l'un de l'autre, se réunissent , au versant méridional de l'Hœmus, à Karinabad; mais, du côté du nord de cette montagne, la route de Rusdschuk traverse le cinquième, celle de Silistra le sixième, et le septième, Nadirderbend, mène également vers cette ville. De ces sept défilés, le plus occidental et le plus oriental sont les plus fameux dans l'antiquité : le premier a été décrit avec exactitude par Ammien, et le second, d'une manière plus poétique, par Théophylactus. Nous reviendrons sur le premier quand la marche de l'armée turque nous y conduira; mais nous rappelons en ce moment les paroles de Théophylactus sur Nadirderbend, parce qu'AiiPascha traversa d'abord avec son armée Tschalikawak , puis se dirigea vers Schumna et Parawadi par Nadirderbend. «Sabulen-Kanalin (dont on a fait Tschali-Kawak) est dans une situation délicieuse au milieu de la montagne; la plaine qui s'étend à ses pieds est couverte d'un tapis émaillé de fleurs; de vertes prairies se déploient au loin et reposent agréablement la vue , tandis que les ombres de la forêt couvrent comme une tente le voyageur qui gravit la hauteur. Mais, à l'heure de midi, il est brûlé par la chaleur, lorsque les rayons du soleil pénètrent dans les entrailles de la terre. Le pays abonde en sources dont les eaux ne glacent point celui qui s'y désaltère, et n'exercent au cime action malfaisante sur les membres qui s'y rafraîchissent. Des oiseaux, posés sur do tendres rameaux, réjouissent par leurs chants mélodieux le voyageur fatigué. Le lierre, le myrte et les ifs se marient avec mille autres fleurs dans une admirable harmonie; l'air est chargé de parfums dont les sens sont enivrés, etc »

C'est par ce passage que le grand vesir AliPascha s'avança vers Schumna, après avoir détaché Jaschsçhi-Beg , fils du beg'erbeg Timurtasch, avec cinq mille hommes, du côté de Parawadi(l). Cette ville, placée dans la profondeur de la dernière gorge orientale de l'Hœmus, fut emportée par la force; Schumna, si souvent quartier général des armées turques (2) dans les temps les plus récents, se rendit volontairement, à la nouvelle de la chute de Tirnowa (3), l'ancienne forteresse de Sisman. Ce prince se fortifia à Nicopolis où il fut assiégé par Ali-Pascha. Alors, il implora la paix. Le grand vesir l'emmena au camp de Murad, qui voulut bien traiter avec lui moyennant le payement du tribut échu et la remise de Silistra. Ali-Pascha poussa des partis, sous les ordres de Tughan-Beg, du côté de Kossova (4), à l'angle méridional de la Bosnie, au point de jonction de sa frontière avec celles de l'Albanie, de l'Herzogewine et de la Servie. Ces coureurs revinrent entraînant une foule de captifs. Ali-Pascha exigea pour leur rançon la remise de Tschete; puis, lorsqu'il fut en possession de la place, il se dispensa de tenir sa parole, attendu que Sisman, au 1 eu de livrer Silistra, la fortifiait de plus en plus, ainsi que Nicopolis. Le vesir poursuivit donc la guerre contre ce prince, prit le château de Dridschasa(5) par capitulation, emporta d'assaut celui d'Hirschova (6) sur le Danube, parut avec toutes ses forces devant Nicopolis, et réduisit le kral à se remettre, avec sa capitale et sa famille , à la merci du vainqueur. Le vesir l'envoya avec ses trésors et ses enfants à Tausli, dans le camp de Murad [1390l, qui lui laissa la vie, mais prit possession de toute la Bulgarie.
Le kral servien Lazare, voyant l'orage prêta fondre sur ses frontières, se prépara A la résistance; voulant même prévenir l'ennemi, il ordonna à son général Démétrius d'attaquer et d'enlever le château de Schehrkoï (1), situé au sommet d'une montagne escarpée sur la frontière de la Bulgarie, maintenant soumise aux Ottomans. A celte nouvelle, Ali-Pascha envoya en toute hâte Jachschi-Beg, le subaschi Aine-Beg et le pascha Sarudsche, avec dix mille hommes, pour reprendre la place. L'entreprise réussit. Le château fut rasé, la garnison emmenée prisonnière; mais Jachschi-Beg, qui en fit le rapport au sultan et demanda la permission de poursuivre l'ennemi, reçut l'ordre de revenir. Lazare n'épargna aucune peine pour déterminer ses voisins, les souverains d'Albanie et de Bosnie, à une ligue de peuples contre Murad, et, plein de confiance dans leur appui, il osa envoyer une provocation au sultan (2). Celui-ci avait rappelé d'Asie ses fils Bajesid et Jakub, qui gouvernaient alors les sandschaks de Kutahije et de Karasi (3), et fortifié son arméedes troupes auxiliaires deSsaru-Chan, Mentesche, Aidin et de Hamid (4). Parmi les souverains chrétiens européens, ses vassaux, il pouvait compter sur le prince de Serradsch et sur Constantin, prince de Gustendil (5). Un plus puissant renfort était le nom d'Ewrenos-Beg, le vieux compagnon d'armes d'Urchan, qui venait d'arriver â l'armée, de retour de son pèlerinage à la Mecque. Murad mena toutes ses troupes par le défilé de Succi (Ssuluderbcnd), le plus occidental de l'Hœmus, qui, selon le rapport d'Ammien Marcellin (6), s'élève graduellement du côté du nord ou de l'Ulyrie, descend brusquëmenë sur le versant de la Thraee, «t ne peut être franchi qu'avec peine à l'aide de sentiers étroits, pratiqués à travers les rochers. Des deux côtés de l'Hœmus , à parlir du point où le Rhodope s'en détache pour s'avancer au sud, s'étendent de vastes plaines; au nord se déploie la campagne de J;irdika ou Sofia, habitée par les Daces au temps d'Ammieu Marcelhn (1); au sud celle de Philippopolis, où demeuraient les Thraces. A son troisième jour de marche, Murad atteignit Ihtin an (2) (l'ancien Helike). Ici la route se partage : à droite, un chemin facile et commode conduit à Sofia, iNissa et Schchrkoï (3); par celui de gauche, qu'inlerrompent souvent les eaux manquant écoulement, on arrive péniblement aux bains chauds de Gustendil, à l'angle où l'Orbelos se joint au Rhodope. Suivant le conseil de son vassal chrétien, le prince de Serradsch, Murad choisit ce chemin, appelé Ssuluderbend, comme le plus court et menant le p'us vite a l'ennemi. Trois jours après son départ d'Ihtiman, il atteignit la pi. ine d'Alaeddin, où il s'arrêta deux jours, et, le lendemain, il était devaut Gustendil, où il fut reçu amica'ement par le seigneur du pays, son fidèle vassal: là, les guerriers fat ignés trouvèrent une nourriture si abondante que, selon l'expression de Neschri (4), on voyait couler des ruisseaux de lait et de miel. La première halte fut dans la grande val'ée d'Ulu-Owa (6), d'où Ewrenos fit une reconnaissance avec quarante cavaliers, et ramena quelques prisonniers (6). D'Ulu-Owa la marche se poursuivit vers Karatova (7), où l'on s'arrè:a plus longtemps. Un envoyé de Lazare, qui. sous prétexte d'apporter un défi, n'étnit venu en réalité que pour voir l'état de l'armée, dut rendre grâces à son caractère, s'il ne reçut, pour prix de son insolent message, qu'une réponse dédaigneuse (8). .Murad tint un conseil de guerre avec les chefs de son armée, et tous furent d'avis de s'avancer dans le pays de l'ennemi. Ewrenos-Beg et Jigit-Pascha prirent la conduite de lavant-garde. L'armée, tirant au nord, traversa les gorges de l'Orbelos, camp* à Gum.schbiszar ( 1 ), sur la rive occidentale àt la Morava, et passa le neuve dans la nuit, tambour battant, enseignes déployées, en six dt» visions, la première était conduite par le grand vesir, la seconde par le prince Bajesid, la troisième par Aine-Beg, la quatrième par le prince .lakub, la cinquième par Saridsch-Pascha , et la sixième par Murad en personne a La plaine de Kossova (en hongrois Rigoinazeu. en allemand le champ des merles) a cinq mil pas de largeur et vingt mille de longueur; traversée par une petite rivière, elle est enfermée de tous côtés par des montagnes de peu d'élévation, auprès desquelles sont bati de jolis villages (3). Là, les troupes de Murad se trouvèrent en face de l'armée, bien supérieure en no : bre, des j rinces alliés de Servie, de Bosnie, Herzogevvïne ei d'Albanie, et le sultan délibéra avec ses généraux pour savoir si l'on atlquerait sa s s'arrêter à la supériorité de l'ennemi (4). Plusieurs furent d'avis de réunir les chameaux devant le front de l'armée , afin de jeter le trouble dans les rangs des Européens par l'aspect étrange de ces animaux (ô), et de s'en servir en même temps comme d'une sorte de rempart. Le prince Bajesid combattit cette proposition. «Le ciel, disait-il, avait lusqu'alors couvert les armes ottomanes d'une protection si extraordinaire qu'il n'était pas besoin d'une telle ressource, un stratagème de cette nature portait atteinte à la confiance que l'on mettait en Dieu; il fallait combattre face à face et à découvert.» Le grand vesir app'iya ce sen'ùnenl do prince par le résultat de la consultation faite dans la nuit sur les feuillets du Kor.m , selon la coutume. Il était tombé sur ce passage: «O Prophète, dompte les infidèles et les hypocrites! et, en effet, souvent une faible troupe en abat une plus grande(l). »Le beglerbeg Timurtasch repoussa aussi la proposition par des motifs puisés dans l'expérience de la guerre plutôt que dans la religion; il représenta que les chameaux seraient effrayés par la grosse cavalerie plutôt qu'ils ne jetteraient la terreur dans les troupes opposées, et qu'en reculant, ils rompraient les rangs des Ottomans, au lieu de jeter le désordre dans ceux de l'ennemi (2). Le conseil se sépara à la nuit sans qu'une résolution eût été prise. Murad, découragé de voir que le vent, soufflant du côté de l'ennemi, chassait la poussière au visage des Ottomans, pria toute la nuit pour obtenir l'assistance d'en haut (3) et la faveur de mourir en martyr dans la défense de la vraie foi et de l'islam, qui seul peut donner la félicité. A la naissance du jour, les nuages de poussière tombèrent sous une pluie bienfaisante.

Du côté des alliés, dans le conseil de guerre, la proposition d'attaquer durant la nuit fut rejetée par Georges Castriota, qui prétendit que la nuit favoriserait la fuite de l'ennemi, le déroberait à sa destruction complète. Lorsque le ciel fut éclairci, les deux armées se trouvèrent en présence, prêtes au combat. Celle des infidèles, composée de Serviens, Bulgares, Bosniens, Albanais, Valaques, Polonais et même de Hongrois, d'après le témoignage de l'historien ottoman, était disposée dans cet ordre: Lazare, roi de Servie , commandait le centre, son neveu Wuk - Brankovich l'aile droite, et le roi de Bosnie, Thwarko, l'aile gauche. Les Ottomans étaient ainsi rangés: Murad choisit sa place accoutumée au nilieu de l'ordre de bataille, le prince Bajesid prit le commandement de la droite, le prince Jakub la conduite de la gauche. Au premier furent adjoints Ewrenos-Beg et Kurd, aga des Asabes; au second, le subaschi Aine-Beg et le chef ries pionniers Saridsche-Pascha. Haider, maître de l'artillerie, se tint au front avec ses pièces distribuées entre les janitscharcs; sur les derrières furent placés les bagages de l'armée (1). La bataille s'engagea, et déjà l'aile gauche des Ottomans commençait à plier, lorsque Bajesid accourut à son secours, brisant devant lui les tètes des ennemis avec une massue de fer. Le sang coulait à grands flots. Tout à coup, au milieu des morts et des mourants, s'avance un noble servien, Milosch-Kobilovitsch, qui, s'ouvrant violemment un passage a travers les rangs des tschauschs et des gardes du corps, s'écrie qu'il veut confier un secret à Murad. Sur un signe du sultan, on le laisse approcher; le Servien s'élance, et, au moment où il se courbait comme pour baiser les pieds de Murad, il lui plonge son poignard dans le ventre. Les gardes du corps se précipitent sur l'assassin; mais Milosch, plein de vigueur et d'agilité, en abat plusieurs; trois fois, par d'incroyables efforts, il échappe à la foule des assaillants, et cherche à gagner le bord du fleuve où il avait laissé son cheval, mais enfin, accablé par le nombre, il est renversé et mis en pièces (2). Cependant, malgré sa blessure mortelle, Murad eut encore assez de force d'àrae pour donner les ordres qui devaient achever la victoire. Lazare fut pris et amené dans la tente de Murad , qui se trouva en état de prononcer sa condamnation, et qui, avant d'expirer, vengea d'avance sa propre mort si prochaine par celle de son ennemi 1389.

Tel est le récit présenté par les historiens ottomans sur l'action de Milosch-Kobilovitsch; les Grecs et les Serviens ne rapportent pas de même le meurtre du sultan. Si les Turcs ont l'habitude de rabaisser les actions glorieuses des chrétiens, ceux-ci sont trop disposés à grandir leurs héros, à les revêtir des plus brillantes couleurs. Il faut donc opposer les uns aux autres les témoignagescontradictoires, et, dans le doute, s'abstenir de prononcer. Voici comme l'action de Kobilovitsch est racontée, non-seulement par les traditions serviennes, mais encore par l'un des Byzantins les plus dignes de foi, Jean Ducas, petit-fils de l'empereur de ce nom : « La veille de la bataille, le roi Lazare était à boire avec ses nobles dans des coupes appelées stravizas: a Vide cette coupe à ma santé, dit Lazare à Milosch, quoique tu sois accusé de nous trahir.—Merci, sans les stravizas, répondit Milosch, la journée de demain prouvera ma fidélité.» Le lendemain matin, Milosch ?e rendit sur un puissant coursier dans le camp ennemi , et demanda comme transfuge à être admis à baiser les pieds du sultan, ce qui lui fut accordé. Alors, il se baissa, et, saisissant le pied de Murad, il le jeta à bas de son siège, en l'attirant en avant, et lui plongea son poignard dans le cœur. Puis il s'enfuit avec une telle rapidité qu'il parvint à atteindre son cheval; mais, avant qu'il pût s'élancer en selle, il tomba percé de mille coups par les janitschares. Aussitôt, les Turcs engagèrent la bataille en fureur pour venger l'assassinat de leur souverain. Lazare ordonna au chef des Bosniens, Wladko-Bukovich, détenir tète aux Turcs avec vingt mille hommes. La première charge fut repoussée avec succès; mais, au moment où Wladko allait attaquer à son tour, le bruit se répandit dans l'armée que Tragos-Prowisch, général du despote , avait tourné ses armes contre les chrétiens; ce bruit, qui était faux, fut-il un effet du hasard ou bien un artifice des Turcs? On ne sut; mais, quoi qu'il en soit, Wladko, effrayé, s'enfuit avec les Bosniens, et Lazare, abandonné des siens, tomba, sans résistance, avec ses nobles entre les mains de l'ennemi. Conduit dans la tente du sultan mourant, il apprit alors seulement comment Milosch-Kobilovitsch, au moment décisif, avait prouvé la foi par lui jurée. «Grand Diu, s'écria Lazare, en levant les mains vers le ciel, appelle maintenant mon âme à toi, puisque tu m'as accordé la grâce de contempler, avant ma mort,mon ennemi expirant, frappé de la main d'un guerrier fidèle. » A l'instant le souverain de Servie et ses nobles furent exécutés devant le sultan agonisant, qui put encore entrevoir leurs cadavres. Au reste, d'après l'une ou l'autre version, quelle que soit la véritable, Murad ne fut point frappé dans une attaque à découvert, dans un combat d'homme à homme; le meurtre sur le champ de bataille a quelque chose de moins odieux que le coup porté dans la tente; Milosch, sortant d'un monceau de cadavres, aura bien pu exécuter le projet conçu et médité à l'avance;

ainsi, la vraisemblance se trouve du côté des historiens ottomans. Quoi qu'il en soit, le nom de Milosch-Kobilovitsch est inscrit dans les annales des Ottomans comme celui d'un meurtrier; et il est répété par les Serviens comme celui du vengeur de la liberté de la patrie. Et toutefois, d'après le témoignage irrécusable des écrivains de la Servie, l'action de kobilovitsch fut déterminée par l'ambition et par le désir de se laver du soupçon de trahison. Voici ce qui donna naissance à ce soupçon : W ukaschava et Mara, les deux filles de Lazare, étaient mariées, la première à Milosch, l'autre au rival de ce seigneur, Wuk-Brankovich. Les deux sœurs disputant un jour sur la valeur de leurs époux, Wukaschava appuya ses raisons par un soufflet. Mara se plaignit, en pleurant, a Braokovict qui appela son beau-frère en duel. Le combat eut lieu avec la permission du roi. Milosch renversa son adversaire à bas de son cheval, et le vaincu, par un vil ressentiment contre son vainqueur, l'accusa d'intelligence avec les Turcs. On a vu comment, la veille de la bataille, le roi, en présence de tous les grands, présenta la coupe d'argent à Milosch (1), et comment celui-ci accomplit la parole qu'il avait donne* • Ainsi, son action héroïque fut provoquée p r une querelle de femmes. Au reste, le nom de Milosch-Kobilovitsch est perpétué chez les Serviens et les Ottomans de plus d'une manière (2). Dans l'arsenal du serai, on conserve son armure et l'équipement de son cheval (3); et l'usage, observé encore aujourd'hui, à l'entrée du serai, pour les audiences du sultan, de faire introduire sans armes le personnage présenté par des chambellans qui lui tiennent les bras, ce cérémonial, plein de mesures préventives. « rapporte au meurtre de Murad (4). Sur le champ de bataille de Kossova, on montre trois grandes pierres, placées à la distance de cinquante aunes l'une de l'autre, qui marquent les trois bonds par lesquels Kobilovitsch échappa aux gardes du corps lancés sur lui (5); une chapelle turque marque l'endroit où Murad succomba; mais ses restes ne reposent point en ce lieu (1): ils furent transportés à Brusa et déposés contre la mosquée élevée par ses soins.

La vie de Murad justifia pleinement les deux surnoms de Chudawendkiar (seigneur) (2) et de Ghasi (vainqueur), sous lesquels il est célébré dans l'histoire des Ottomans. Il fut un champion infatigable dans la guerre sainte, et presque toujours un maître équitable. Cet hommage lui est rendu par Chalcondylas lui-même, malgré l'exécution de Sandschi et la scène si tragique deDemitoka, alors que le sultan faisait précipiter dans les flots de la Marizza les jeunes nobles grecs, ses prisonniers (1).

La même année où Murad tomba sous le poignard de Milosch-kobiloviisch, vit aussi mourir Behadeddin, le grand scheich des Nakschbendis, et le premier des poètes lyriques persans, Hafis, dont le style est le modèle du mysticisme (2). Ce synchronisme est ici indiqué, parce qu'il marque le plus haut degré de mysticisme et de la poésie des Persans, qui dès lors commencent à exercer une grande influence sur la littérature des Ottomans.


(1) Amurates autem per omnia imilansaequitatemCyri Cauibysis filii ; Chalcoad., I.
(2) Hadschi-Chalfa, Tables cbronologiques.
(1) Nescbri, fol. 90; SsadeddiB.foUôi fol. 12.
(2) Ssolalsade, fol. 12.
 (1) Parawadi dan*la Rumili d'Hadschi-Cbalfa, p. 3l, est l'ancien Probaton ; Mannert, vin , p. 139.
(2) Schumna, Rumilid'Hadschi-Chalfa,p. 35.
(3) D'aprè» Mannert , Tiii , p. 14l , Tirnawa était l'ancien ne l>impolis.
(4) La description de la plaine de Kossova se trouve dans Bonttni ns, et en outre dan* un ouvrage fort ancien et fort rare, Itinéraire de l'ambassade de Wegraysz a Coiistantinople auprès de l'empereur Suleiman, imprimé en 1531.

(5) Dan» Rratutti. Voy. a la page 138, Triciania.

(6) Dans Bratutti, p. 137 ; Hirdania.
Ci) Neschri.fol. 82.
(2)  foi.,s;.M Seadeddin, dans Bralutti, p. 145.
(3) Ibid., fol. 75.
(4) Seadeddin , dans Bratutti, p. 143. (5, Ibid., p. 145.
(6) Aminicn Marcellin , 1. xxi, p. 10.
on voyait couler des ruisseaux de lait et de miel. La première halte fut dans la grande vallée d'UluOwa
 d'UluOwa la marche se poursuivit vers Karatova (7),
(1) Amraion Marcellin, pas», cité. HmcvteinaB medi- terranneis Dacis. Ibiil
(2) La Huiinli d'Hadschi-Chalfa, p. 57; Neschri, fol. 81.
(3) Nescbri, fol. 82.
(4) /Wrf.,fol.82.
(5) Ibid.
(6) Ibid.
(7) Ibid.
(8) Ibid.
(1) Nescbri, fol 85.
(2) Ibid., toi. 83.
(3) Ronfinii rerum hunçaricarum Décades; Franco- furti, 1581, p. 471.
(4) Seadedclin, dans Bralutti, p. 146; fb).87.
(5) Ibid., p. 147.
(1) Neschri, fol. 87.
(2) Seadeddin,dansBratutti,p. 148.
(3) La prière se trouve tout au long dani Bratutti, P- 148el 149.
(1) Nescbri, fol. 90; SsadeddiB.foUôi fol. 12.
(2) Ssolalsade, fol. 12.

lundi 20 mai 2013

Bataille du Kosovo 1389




 Histoire de l'Empire ottoman

Par Joseph von Hammer-Purgstall, Louis Dochez

 Bataille du Kosovo 1389 et des trompette, et l'on entendait pousser le cri de guerre: Allah est grand! lorsque Ba- jesid, ne pouvant plus contenir «on ardeur, et n'osant pas néanmoins commencer l'attaque de son propre mouvement, se précipi'a de son cheval, baisa la terre devant «on père, et sol- licila la permission de charger (1); le sultan l'accorda, et aussitôt les épées se plongèrent dans le sang, ïimurtasch fondit sur le prince de Kararaanie, le contraignit à la fuite, et décida la victoire. Eu récompense, il reçut la plus grande part du butin, et le litre de vesir ou pascha à trois queues, qu'il fut le premier à porter parmi les beglerbegs de l'empire ottoman (2); et qui, avant lui, avait été exclusivement réservé au premier dignitaire de l'État: en sorte que celui-ci, pour être distingué des autres vesirs, fut désonnais appelé le grand vesir. A la bataille s-.iccéda immédiatement le siège do Konia; défense rigoureuse fut faite à l'armée de rien pilîer, de rien prendra de force aux habitants du pays. La peine de mort appliquée a quelques soldats serviens qui osèrent enfreindre cet ordre détourna ces auxiliaires des Ottomans, mais gagna aux troupes la confiance des populations, et leur assura d'amples approvisionnements. Durant douze jours, Murad resta campé devant Konia sans rien entreprendre. Le prince de Ka- ramanie, pénétré des dangers de sa situation, envoya dans le camp des Ottomans son épouse, la fille de Murad, pour intercéder en sa faveur. A force de prières . elle décida son père à donner la paix à son époux, si celui-ci venait l'implorer en personne, et baiser la main du sultan en signe de soumission et de reconnaissance (3). Alaeddin dot se résigner à cet:e humiliation, rendit hommage à son vainqueur, et resta en possession de Konia et de ses autres domaines. Alors Murad marcha contre la ville de Begschehri, qui avait fait défection, et la réduisit en quelques jours (4). Comme en cette occasion on lui conseillait de réunir en même temps à l'empire les États du prince de Tekke, il rejeta cette proposition en disant : « Le prince de Tekke est un pauvre diable dont la puissance s'étend seu'ement sur les deux villes d'istenos et d'Antalia; il serait honteux de lui faire la guerre : le lion ne chasse pas les mouches. » Le seigneur de Tekke comprit l'avertissement , et livra tous ses châteaux entre les mains de Murad , pour conserver au moins la possession des deux places nommées par le sullan. L'armée ottomane fut congédiée à Ku- tahiie, et Murad rentra triomphant dans Brusa(l).

Lorsque les auxiliaires serviens, de retour dans leur pays, racontèrent le supplice de leurs frères devant Konia, le ressent Iment fut général, et la servie se révolta, comptant sur l'as- istance des Bosniens et même des Bulgares, dont le kral Sisman, quoique beau-père de Murad, s'unit en secret contre lui avec Lazare, kral de Servie (2). Les forces des deux peuples firent subir à vingt mille Turcs, alors occupés à piller la Bosnie, une défaite si complète que cinq mille à peine échappèrent au carnage [1387]. Murad pouvait bien alors disposer des troupes auxiliaires des pànces asiatiques de Tekke, Aidin, Mentesche, Ssaruchàn, et Ka- raman, inclinés devant sa puissance (3); mais, en Kurope, les krals de Bosnie, de Servie et de Bulgarie étaient ligués contre lui ; le prince de la Tatarie-Dobruze s'était laissé entraîner à la défection; il n'y avait que ses vassaux, les princes de Gustendil et de Serradsch qui lui demeurassent fidèles. 11 se prépara donc à une campagne d'Europe; et pour assurer pendant ce temps le repos de l'Asie, il en partagea l'administration dans les cinq sandschaks suivants : le pays de Kermian, qui jusqu'alors avait été gouverné par Bajesid, fut confié au vesir-beglerbeg Timurtasch, attendu que le prince, ainsi que son frère Jakub, suivaient leur père en Europe : un autre Timur- tasch-subaschi ( lieutenant de police ) fut placé à la tète de l'administration de Slwrihiszar et du pays situé sur le Sangarius ; Firus-Beg reçut le sandschak d'Angora ; le subaschi Kods- cha-Beg, celui d'Akschehr, et le subaschi Kut-lu-Beg, celui d'Igirdir, dans le district de Hamid (1), en même temps furent nommés les chefs de l'armée.

Avant d'entrer en campagne, Murad se rendit à Jenitschehr pour y célébrer son mariage et celui de ses deux fils, Bajesid et Jakub, avec trois princesses byzantines, et pour fêter en même temps la circoncision de ses trois petits- fils. Chez les Arabes, Persans et Turcs, ce n'est pas seulement la célébration du mariage des jeunes filles que l'on désigne par le mot noce ; sous ce terme générique on comprend aussi la solennisatkm de la circoncision des garçons, parce que, dans les idées des Orientaux, les fêles de mariages sont données uniquement à la fiancée et non point à l'époux, qui déjà, comme jeune garçon, a reçu dans les fêtes de la circoncision un dédommagement pour la douleur subie dans l'opération, de même que les réjouissances du mariage sont destinées à sécher les larmes de la jeune fille. Au milieu des réjouissances de Jenilschehr, Murad, pour reconnaître les assurances d'amitié du sultan d'Egypte, envoya à son tour ii ce souverain pour ambassadeur Jasidschi - Oghli ( fils de l'écrivain), dont les fils, qui portèrent le même nom que leur père, honorèrent la littérature ottomane sous le règne de Murad II.

A peine les fêtes étaient achevées, Ali-Pas- cha s'avança avec trente mille hommes pour châtier la perfidie de Sisman. La Bulgarie, autrefois la Mysie Inférieure, est un pays fertile, protégé, au nord, par le Danube, qui, dans cette partie de son cours, est large et profond, et, au sud, par la chaîne de l'Hoemus. Du côté de ces montagnes, la Bulgarie, dans toule sa longueur, n'est accessible que par ses défilés, auxquels correspondent sur la ligne parallèle du Danube autant de places plus ou moins fortifiées , en sorte que chaque passage venant de la Rumili est, pour ainsi dire, fermé par une forteresse bulgare. Les deux places les plus extérieures de la frontière septentrionale sont, vers l'ouest, Vidin, et, à l'est, Silistra ( le Bodène et le Dorostolos des Byzantins ) (2). Près de Vidin, se trouve, à l'est, Nicopolis, qui, à une époque postérieure, a usurpé la
gloire d'une ancienne ville de ce nom située plus avant dans le pays (1 ); et près de Silistra, vers l'ouest, on rencontre Rusdschuk, à la place de l'ancienne Securisca ; et entre Nicopolis et Rusdschuk, là où était Saidava, s'élève la ville de Sistov, fameuse dans l'histoire des traités par la dernière paix conclue dans ses murs entre l'Autriche et la Porte. Les défilés de l'Hœmus correspondant à ces points de la frontière septentrionale, dans l'ordre où ils ont été cités, sont : 1° le Ssuluderbend (passage aqueux ) et le Capuludcrbend, qoi servent d'ouverture au défilé le plus occidental; 2° celui d'Isladi, célèbre plus tard par la victoire d'Hunyad, et qui mène à Vidin par Sofia et Nissa; 3° celui de Kasanlik, qui conduit à Nicopolis; 4° Demurkapu (la porte de fer \débouchant vers Sistov; le cinquième et le sixième, percés à côté l'un de l'autre, se réunissent , au versant méridional de l'Hœmus, A Karinabad; mais, du côté du nord de cette montagne, la route de Rusdschuk traverse le cinquième, celle de Silistra le sixième, et le septième, Nadirderbend, mène également vers cette ville. De ces sept défilés, le plus occidental et le plus oriental sont les plus fameux dans l'antiquité : le premier a été décrit avec exactitude par Ammien, et le second, d'une manière plus poétique, par Théophylactus. Nous reviendrons sur le premier quand la marche de l'armée turque nous y conduira ; mais nous rappelons en ce moment les paroles de Théo- phylaclus sur JNadirderbend , parce qu'Ali- Pascha traversa d'abord avec son armée Tscha- likawak , puis se dirigea vers Schumna et Parawadi par Nadirderbend. «Sabuleu-Kanalin (dont on a fait Tschali-Kawak) est dans une situation délicieuse au milieu de la montagne; la plaine qui s'étend à ses pieds est couverte d'un tapis émaillé de fleurs ; de vertes prairies se déploient au loin et reposent agréablement la vue , tandis que les ombres de la forêt couvrent comme une tente le voyageur qui gravit la hauteur. Mais, à l'heure de midi, il est brûlé par la chaleur, lorsque les rayons du soleil pénètrent dans les entrailles de la terre. Le pays abonde en sources dont les eaux ne glacent point celui qui s'y désaltère, et n'exercent aucune action malfaisante sur les membres qui s'y rafraîchissent. Des oiseaux, posés sur de tendres rameaux , réjouissent par leurs chants mélodieux le voyageur fatigué. Le lierre, le myrte et les ifs se marient avec mille autres ! fleurs dans une admirable harmonie ; l'air est chargé de parfums dont les sens sont enivrés, etc »

C'est par ce passage que le grand vesir Ali- Pascha s'avança vers Schumna, après avoir détaché Jaschschi-Beg , fils du beg!erbeg Ti- j murtasch, avec cinq mille hommes, du côté de j Parawadi (1). Cette ville, placée dans la pro- i fondeur de la dernière gorge orientale de [ l'Hœmus, fut emportée par la force; Schumna, si souvent quartier général des armées turques (2) dans les temps les plus récents, se rendit volontairement, à la nouvelle de la chute de Tiraowa (3), l'ancienne forteresse de Sis- man. Ce prince se fortifia à Nicopolis où il fut assiégé par Ali-Pascha. Alors, il implora la paix. Le grand vesir l'emmena au camp de Murad, qui voulut bien traiter avec lui moyennant le payement du tribut échu et la remise de Silistra. Ali-Pascha poussa des partis, sous les ordres de Tughan-Beg, du côté de Kossova (4), à l'angle méridional de la Bosnie, au point de jonction de sa frontière avec celles de l'Albanie, de l'Herzogewine et de la Servie. Ces coureurs revinrent entraînant une foule de captifs. Ali-Pascha exigea pour leur rançon la remise de Tschete ; puis, lorsqu'il fut en possession de la place, il se dispensa de tenir sa parole, attendu que Sisman, au lieu de livrer j Silistra, la fortifiait de plus en plus, ainsi que Nicopolis. Le vesir poursuivit donc la guerre , contre ce prince, prit le château de Drid- j schasa (5) par capitulation, emporta d'assaut celui d'Hirschova (6) sur le Danube, parut avec toutes ses forces devant Nicopolis, et réduisit le kral ;ï se remettre, avec sa capitale et sa famille , à la merci du vainqueur. Le vesir l'envoya avec ses trésors et ses enfanls à Tausli, dans le camp de Murad [1390l, qui lui laissa la vie, mais prit possession de toute la Bulgarie.

Le kral servien Lazare, voyant l'orage prèi à fondre sur ses frontières, se prépara à la ré- sistance : voulant même prévenir l'ennemi, il ordonna à son général Démélriiis d'altaqucr et d'enlever le château de Schehrkoï (1), situé au sommet d'une montagne escarpée sur la frontière de la Bulgarie, maintenant soumise aux Otlomans. A cette nouvelle, Ali-Pascha envoya en toute hâte Jachschi-Beg, le subaschi Aine-Beg et le pascha Sarudsche, avec dix mille hommes, pour reprendre la place. L'entreprise réussit. Le château fut rasé, la garnison emmenée prisonnière ; mais Jachschi-Beg, qui en fit le rapport au sultan et demanda la permission de poursuivre l'ennemi, reçut l'ordre de revenir. Lazare n'épargna aucune peine pour déterminer ses voisins, les souverains d'Albanie et de Bosnie, à une ligue de peuples contre Murad, et, plein de confiance dans leur appui, il osa envoyer une provocation au sultan (2). Celui-ci avait rappelé d'Asie ses fils Bajesid et Jakub, qui gouvernaient alors les sandschaks de Kutahije et de Karasi (3), ei fortifié son ar- méedes troupesauxiliaires deSsaru-Chan, Men- tesche, Aidin et de Haroid (4). Parmi les souverains chrétiens européens, ses vassaux, il pouvait compter sur le prince de Serradsch et sur Constantin, prince de Gustendil (5). Un plus puissant renfort était le nom d'Ewrenos-Beg, le vieux compagnon d'armes d'Urchan, qui venait d'arriver à l'armée, de retour de son pèlerinage à la Mecque. Murad mena toutes ses troupes par le défilé de Succi (Ssuluderbcnd), le plus occidental de l'Huemus, qui, selon le rnpport d'Ammien Marcellin (6), s'élève graduellement du côté du nord ou de l'Illyrie, descend brusquement sur le versant de la Thrace, et ne peut être franchi qu'avec peine à l'aide de sentiers étroits, pratiqués à travers les rochers. Des deux côtés de l'Hœmus , à parlir du point où le Rhodope s'en détache pour s'avancer au sud, s'étendent de vastes pleines ; au nord se déploie la campagne de Jardika ou Sofia, habitée par les Daces au temps d'Ammien Mar- cellin (1); au sud celle de Philippopolis, où demeuraient les Thraces. A son troisième jour de marche, Murad atleigmt Ihliman (2) (l'ancien He'ike). Ici la route se pariage : à droite, un chemin facile et commode conduit à Sofia, Nissa et Schehrkoï (3); par celui de gauche, qu'inlerrompent souvent les eaux manquant d'écoulement, on arrive péniblement aux bains chauds de Gustendil, à l'angle où l'Orbelos se joint au Rhodope. Suivant le conseil de son vassal chrétien, le prince de Serradsch, Murad choisi! ce chemin, appelé Ssuluderbend, comme le plus court et menant le plus vite a l'ennemi. Trois jours après son départ d'Ihtiman, il atteignit la pi inr d'Alaeddin, où il s'arrêta deux jours, et, le lendemain, il était devant Gustendil, où il fut reçu amicalement par le seigneur du pays, son fidèle vassal; là, les guerriers fatigués trouvèrent une nourriture si abondante que, selon l'expression de Neschri (4), on voyait couler des ruisseaux de lait et de miel. La première halte fut dans la grande vallée d'U- lu-Owa (6), d'où Ewrenos fit une reconnaissance avec quarante cavaliers, et ramena quelques prisonniers (6). D'Ulu-Owa la marche se poursuivit vers Karatova (7), où l'on s'arrêla plus long'emps. Un envoyé de Lazare, qui, sous prétexte d'apporter un défi, n'était venu en réalité que pour voir l'état de l'armée, dut rendre grâces à son caractère, s'il ne reçut, pour prix de son insolent message, qu'une réponse dédaigneuse (8). Murad tint un conseil de guerre avec les chefs de son armée, et ton* furent d'avis de s'avancer dans le pays de l'ennemi. Ewrenos-Beg et Jigit-Pascha prirent la conduite de l'avant-garde. L'armée, tirant au nord, traversa les gorges de l'Orbelos, campa à Gunvschhisz;ir (1 ), sur la rive occidentale de la Morava, et passa le fleuve dans la nuit, tambour battant, enseignes déployées, en six divisions. La première était conduite par le grand vesir, la seconde par le prince Bajesid. la troisième par Aine-Beg, la quatrième par le prince .Iakub, la cinquième par Saridsch-Pas- cha, et la sixième par Murad en personne (2). la plaine de Kossova (en hongrois Rigomazeu, en allemand le champ des merles) a cinq mille pas de largeur et vingt mille de longueur; traversée par une petite rivière, elle est enfermée de tous cotés par des montagnes de peu d'élévation, auprès desquelles sont bâtis de jolis villages (3). Là, les troupes de Murad se trouvèrent en face de l'armée , bien supérieure en nombre, des grinces alliés de Servie, de Bosnie, d'Herzogewine et d'Albanie, et le sultan délibéra avec ses généraux pour savoir si l'on attaquerait sans s'arrêter à la supériorité de l'ennemi (4). Plusieurs furent d'avis df réunir les chameaux devant le front de l'armée , afin de jeter le trouble dans les rangs des Européens par l'aspect étrange de ces animaux (6), et de s'en servir en même temps comme d'une sorte de rempart. Le prince Bajesid combattit cette proposition. « Le ciel, disait-il , avait jusqu'alors couvert les armes ottomanes d'une protection si extraordinaire qu'il n'était pas besoin d'une telle ressource ; un stratagème de cette nature portait atteinte à la confiance que l'on mettait en Dieu ; il fallait combattre face à face et à découvert.» Le grand vesir appuya ce sentiment du prince par le résultat de la consultation faite dans la nuit sur les feuillets du Koran, selon la coutume. H était tombé sur ce passage: «0 Prophète, domute les infidèles et les hypocrites  et, en effet, sou vent une faible troupe en abat une plusgrande(l). «Le beglerbeg Timur- lasch repoussa aussi la proposi'ion par des motifs puisés dans l'expérience de la guerre plutôt que dans la religion ; il représenta que les chameaux seraient effrayés par la grosse cavalerie plutôt qu'ils ne jetteraient la terreur dans les troupes opposées, et qu'en reculant, ils rompraient les rangs des Ottomans, au lieu de jeter le désordre dans ceux de l'ennemi (2). Le conseil se sépara à la nuit sans qu'une résolution eût été prise. Murad, découragé de voir que le vent, soufflant du côté de l'ennemi, chassait la poussière au visage des Ottomans, pria toute la nuit pour obtenir l'assistance d'en haut (3) et la faveur de mourir en martyr dans la défense de la vraie foi et de l'islam, qui seul peut donner la félicité. A la naissance du jour, les nuages de poussière tombèrent sous une pluie bienfaisante.

Du côté des alliés, dans le conseil de guerre, la proposition d'attaquer durant la nuit fut rejetée par Georges Castriota, qui prétendit que la nuit favoriserait la fuite de l'ennemi, le déroberait à sa destruction complète. Lorsque le ciel fut éclairci, les deux armées se trouvèrent en présence, prêtes au combat. Celle des infidèles, composée de Serviens, Bulgares, Bosniens, Albanais, Valaques, Polonais et même de Hongrois, d'après le témoignage de l'historien ottoman, était disposée dans cet ordre : Lazare, roi de Servie , commandait le centre, son neveu Wuk - Brankovich l'aile droite, et le roi de Bosnie, Thwarko, l'aile gauche. Les Ottomans étaient ainsi rangés : Murad choisit sa place accoutumée au milieu de l'ordre de bataille, le prince Bajesid prit le commandement de la droite, le prince Jakub la coqduite de la gauche. Au premier lurent adjoints Ewrenos-Beg et Kurd, aga des Asabes; au second, le subaschi Aine-Beg et le chef des pionniers Saridsche-Pascha. Haider, maître de l'artillerie, se tint au front avec ses pifces distribuées entre les janitschares ; sur les derniers  troupes.

I.a bataille s'engagea, et déjà l'aile gauche des Oltomans commençait à plier, lorsque Bajesid accourut à son secours, brisant devant lui les tètes des ennemis avec une massue de fer. l.esang coulait à grands flots. Tout à coup, au milieu des morts el des mourants, s'avance un noble servien, Milosch Kobilovitsch, qui, s'ouvrant violemment un passage à travers les rangs des tschauschs et des gardes du corps, s'écrie qu'il veut confier un secret à Murad. Sur un signe du sultan, on le laisse approcher; le Servien s'élance, et, au moment où il se courbait comme pour baiser les pieds de Murad, il lui plonge son poignard dans le ventre. Les gardes du corps se précipitent sur l'assassin ; mais Milosch, plein de vigueur et d'agilité, en abat plusieurs; trois fois, par d'incroyables efforts, il échappe i la foule des assaillants, et cherche à gagner le bord du fleuve où il avait laissé son cheval, mais enfin, accablé par le nombre, il est renversé et mis en pièces (2). Cependant, malgré sa blessure mortelle, Murad eut encore assez de force d'Ame pour donner les ordres qui devaient achever la victoire. Lazare fut pris et amené dans la tente de Murad , qui se trouva en état de prononcer sa condamnation, et qui, avant d'expirer, vengea d'avance sa propre mort si prochaine par celle de son ennemi 1389.

                  Action de Millosh Kobillovic

Tel est le récit présenté par les historiens ottomans sur l'action de Milosch-Kobilovitsch ; les Grecs et les Serviens ne rapportent pas de même le meurtre du sultan. Si les Turcs ont l'habitude de rabaisser les actions glorieuses des chrétiens, ceux-ci sont trop disposés à grandir leurs héros, à les revêtir des plus brillantes couleurs. Il faut donc opposer les uns aux autres les témoignages contradictoires, et, dans le doute, s'abstenir de prononcer. Voici comme l'action de Kobilovitsch est racontée, non-seulement par les traditions serviennes, mais encore par l'un des Byzantins les plus dignes de foi, Jean Ducas, petit-fils de l'empereur de ce nom : « La veille de la bataille, le roi Lazare était et des trompette», et l'on entendait pousser le cri de guerre: Allah est grand! lorsque Ba- jesid, ne pouvant plus contenir «on ardeur, et n'osant pas néanmoins commencer l'attaque de son propre mouvement, se précipi'a de son cheval, baisa la terre devant «on père, et sol- licila la permission de charger (1); le sultan l'accorda, et aussitôt les épées se plongèrent dans le sang, ïimurtasch fondit sur le prince de Kararaanie, le contraignit à la fuite, et décida la victoire. Eu récompense, il reçut la plus grande part du butin, et le litre de vesir ou pascha à trois queues, qu'il fut le premier à porter parmi les beglerbegs de l'empire ottoman (2); et qui, avant lui, avait été exclusivement réservé au premier dignitaire de l'État: en sorte que celui-ci, pour être distingué des autres vesirs, fut désonnais appelé le grand vesir. A la bataille s-.iccéda immédiatement le siège do Konia; défense rigoureuse fut faite à l'armée de rien pilîer, de rien prendra de force aux habitants du pays. La peine de mort appliquée a quelques soldats serviens qui osèrent enfreindre cet ordre détourna ces auxiliaires des Ottomans, mais gagna aux troupes la confiance des populations, et leur assura d'amples approvisionnements. Durant douze jours, Murad resta campé devant Konia sans rien entreprendre. Le prince de Ka- ramanie, pénétré des dangers de sa situation, envoya dans le camp des Ottomans son épouse, la fille de Murad, pour intercéder en sa faveur. A force de prières . elle décida son père à donner la paix à son époux, si celui-ci venait l'implorer en personne, et baiser la main du sultan en signe de soumission et de reconnaissance (3). Alaeddin dot se résigner à cet:e humiliation, rendit hommage à son vainqueur, et resta en possession de Konia et de ses autres domaines. Alors Murad marcha contre la ville de Begschehri, qui avait fait défection, et la réduisit en quelques jours (4). Comme en cette occasion on lui conseillait de réunir en même temps à l'empire les États du prince de Tekke, il rejeta cette proposition en disant : « Le prince de Tekke est un pauvre diable dont la puissance s'étend seu'ement sur les deux villes d'istenos et d'Antalia; il serait honteux de lui faire la guerre : le lion ne chasse pas les mouches. » Le seigneur de Tekke comprit l'avertissement , et livra tous ses châteaux entre les mains de Murad , pour conserver au moins la possession des deux places nommées par le sullan. L'armée ottomane fut congédiée à Kutahiie, et Murad rentra triomphant dans Brusa(l).

Lorsque les auxiliaires serviens, de retour dans leur pays, racontèrent le supplice de leurs frères devant Konia, le ressent Iment fut général, et la servie se révolta, comptant sur l'as- istance des Bosniens et même des Bulgares, dont le kral Sisman, quoique beau-père de Murad, s'unit en secret contre lui avec Lazare, kral de Servie (2). Les forces des deux peuples firent subir à vingt mille Turcs, alors occupés à piller la Bosnie, une défaite si complète que cinq mille à peine échappèrent au carnage [1387]. Murad pouvait bien alors disposer des troupes auxiliaires des pànces asiatiques de Tekke, Aidin, Mentesche, Ssaruchàn, et Ka- raman, inclinés devant sa puissance (3); mais, en Kurope, les krals de Bosnie, de Servie et de Bulgarie étaient ligués contre lui ; le prince de la Tatarie-Dobruze s'était laissé entraîner à la défection; il n'y avait que ses vassaux, les princes de Gustendil et de Ser- radsch qui lui demeurassent fidèles. 11 se prépara donc à une campagne d'Europe; et pour assurer pendant ce temps le repos de l'Asie, il en partagea l'administration dans les cinq sandschaks suivants : le pays de Kermian, qui jusqu'alors avait été gouverné par Bajesid, fut confié au vesir-beglerbeg Timurtasch, attendu que le prince, ainsi que son frère Jakub, suivaient leur père en Europe : un autre Timur- tasch-subaschi ( lieutenant de police ) fut placé à la tète de l'administration de Slwrihiszar et du pays situé sur le Sangarius ; Firus-Beg reçut le sandschak d'Angora ; le subaschi Kods- cha-Beg, celui d'Akschehr, et le subaschi Kut-lu-Beg, celui d'Igirdir, dans le district de Hamid (1), en même temps furent nommés les chefs de l'armée.

Avant d'entrer en campagne, Murad se rendit à Jenitschehr pour y célébrer son mariage et celui de ses deux fils, Bajesid et Jakub, avec trois princesses byzantines, et pour fêter en même temps la circoncision de ses trois petits- fils. Chez les Arabes, Persans et Turcs, ce n'est pas seulement la célébration du mariage des jeunes filles que l'on désigne par le mot noce ; sous ce terme générique on comprend aussi la solennisatkm de la circoncision des garçons, parce que, dans les idées des Orientaux, les fêles de mariages sont données uniquement à la fiancée et non point à l'époux, qui déjà, comme jeune garçon, a reçu dans les fêtes de la circoncision un dédommagement pour la douleur subie dans l'opération, de même que les réjouissances du mariage sont destinées à sécher les larmes de la jeune fille. Au milieu des réjouissances de Jenilschehr, Murad, pour reconnaître les assurances d'amitié du sultan d'Egypte, envoya à son tour ii ce souverain pour ambassadeur Jasidschi - Oghli ( fils de l'écrivain), dont les fils, qui portèrent le même nom que leur père, honorèrent la littérature ottomane sous le règne de Murad II.

A peine les fêtes étaient achevées, Ali-Pas- cha s'avança avec trente mille hommes pour châtier la perfidie de Sisman. La Bulgarie, autrefois la Mysie Inférieure, est un pays fertile, protégé, au nord, par le Danube, qui, dans cette partie de son cours, est large et profond, et, au sud, par la chaîne de l'Hoemus. Du côté de ces montagnes, la Bulgarie, dans toule sa longueur, n'est accessible que par ses défilés, auxquels correspondent sur la ligne parallèle du Danube autant de places plus ou moins fortifiées , en sorte que chaque passage venant de la Rumili est, pour ainsi dire, fermé par une forteresse bulgare. Les deux places les plus extérieures de la frontière septentrionale sont, vers l'ouest, Vidin, et, à l'est, Silistra ( le Bodène et le Dorostolos des Byzantins ) (2). Près de Vidin, se trouve, à l'est, Nicopolis, qui, à une époque postérieure, a usurpé la
gloire d'une ancienne ville de ce nom située plus avant dans le pays (1 ); et près de Silistra, vers l'ouest, on rencontre Rusdschuk, à la place de l'ancienne Securisca ; et entre Nicopolis et Rusdschuk, là où était Saidava, s'élève la ville de Sistov, fameuse dans l'histoire des traités par la dernière paix conclue dans ses murs entre l'Autriche et la Porte. Les défilés de l'Hœmus correspondant à ces points de la frontière septentrionale, dans l'ordre où ils ont été cités, sont : 1° le Ssuluderbend (passage aqueux ) et le Capuludcrbend, qoi servent d'ouverture au défilé le plus occidental; 2° celui d'Isladi, célèbre plus tard par la victoire d'Hunyad, et qui mène à Vidin par Sofia et Nissa; 3° celui de Kasanlik, qui conduit à Nicopolis; 4° Demurkapu (la porte de fer  débouchant vers Sistov; le cinquième et le sixième, percés à côté l'un de l'autre, se réunissent , au versant méridional de l'Hœmus, A Karinabad; mais, du côté du nord de cette montagne, la route de Rusdschuk traverse le cinquième, celle de Silistra le sixième, et le septième, Nadirderbend, mène également vers cette ville. De ces sept défilés, le plus occidental et le plus oriental sont les plus fameux dans l'antiquité : le premier a été décrit avec exactitude par Ammien, et le second, d'une manière plus poétique, par Théophylactus. Nous reviendrons sur le premier quand la marche de l'armée turque nous y conduira ; mais nous rappelons en ce moment les paroles de Théo- phylaclus sur JNadirderbend , parce qu'Ali- Pascha traversa d'abord avec son armée Tscha- likawak , puis se dirigea vers Schumna et Parawadi par Nadirderbend. «Sabuleu-Kanalin (dont on a fait Tschali-Kawak) est dans une situation délicieuse au milieu de la montagne; la plaine qui s'étend à ses pieds est couverte d'un tapis émaillé de fleurs ; de vertes prairies se déploient au loin et reposent agréablement la vue , tandis que les ombres de la forêt couvrent comme une tente le voyageur qui gravit la hauteur. Mais, à l'heure de midi, il est brûlé par la chaleur, lorsque les rayons du soleil pénètrent dans les entrailles de la terre. Le pays abonde en sources dont les eaux ne glacent point celui qui s'y désaltère, et n'exercent aucue action malfaisante sur les membres qui s'y rafraîchissent. Des oiseaux, posés sur de tendres rameaux , réjouissent par leurs chants mélodieux le voyageur fatigué. Le lierre, le myrte et les ifs se marient avec mille autres ! fleurs dans une admirable harmonie ; l'air est chargé de parfums dont les sens sont enivrés, etc »

C'est par ce passage que le grand vesir Ali- Pascha s'avança vers Schumna, après avoir détaché Jaschschi-Beg , fils du beg!erbeg Ti- j murtasch, avec cinq mille hommes, du côté de j Parawadi (1). Cette ville, placée dans la pro- i fondeur de la dernière gorge orientale de [ l'Hœmus, fut emportée par la force; Schumna, si souvent quartier général des armées turques (2) dans les temps les plus récents, se rendit volontairement, à la nouvelle de la chute de Tiraowa (3), l'ancienne forteresse de Sis- man. Ce prince se fortifia à Nicopolis où il fut assiégé par Ali-Pascha. Alors, il implora la paix. Le grand vesir l'emmena au camp de Murad, qui voulut bien traiter avec lui moyennant le payement du tribut échu et la remise de Silistra. Ali-Pascha poussa des partis, sous les ordres de Tughan-Beg, du côté de Kos- sova (4), à l'angle méridional de la Bosnie, au point de jonction de sa frontière avec celles de l'Albanie, de l'Herzogewine et de la Servie. Ces coureurs revinrent entraînant une foule de captifs. Ali-Pascha exigea pour leur rançon la remise de Tschete ; puis, lorsqu'il fut en possession de la place, il se dispensa de tenir sa parole, attendu que Sisman, au lieu de livrer j Silistra, la fortifiait de plus en plus, ainsi que Nicopolis. Le vesir poursuivit donc la guerre , contre ce prince, prit le château de Drid- j schasa (5) par capitulation, emporta d'assaut celui d'Hirschova (6) sur le Danube, parut avec toutes ses forces devant Nicopolis, et réduisit le kral ;ï se remettre, avec sa capitale et sa famille , à la merci du vainqueur. Le vesir l'envoya avec ses trésors et ses enfanls à Tausli, dans le camp de Murad [1390l, qui lui laissa la vie, mais prit possession de toute la Bulgarie.

Le kral servien Lazare, voyant l'orage prèi à fondre sur ses frontières, se prépara à la ré- sistance : voulant même prévenir l'ennemi, il ordonna à son général Démélriiis d'altaqucr et d'enlever le château de Schehrkoï (1), situé au sommet d'une montagne escarpée sur la frontière de la Bulgarie, maintenant soumise aux Otlomans. A cette nouvelle, Ali-Pascha envoya en toute hâte Jachschi-Beg, le subaschi Aine-Beg et le pascha Sarudsche, avec dix mille hommes, pour reprendre la place. L'entreprise réussit. Le château fut rasé, la garnison emmenée prisonnière ; mais Jachschi-Beg, qui en fit le rapport au sultan et demanda la permission de poursuivre l'ennemi, reçut l'ordre de revenir. Lazare n'épargna aucune peine pour déterminer ses voisins, les souverains d'Albanie et de Bosnie, à une ligue de peuples contre Murad, et, plein de confiance dans leur appui, il osa envoyer une provocation au sultan (2). Celui-ci avait rappelé d'Asie ses fils Bajesid et Jakub, qui gouvernaient alors les sandschaks de Kutahije et de Karasi (3), ei fortifié son ar- méedes troupesauxiliaires deSsaru-Chan, Men- tesche, Aidin et de Haroid (4). Parmi les souverains chrétiens européens, ses vassaux, il pouvait compter sur le prince de Serradsch et sur Constantin, prince de Gustendil (5). Un plus puissant renfort était le nom d'Ewrenos-Beg, le vieux compagnon d'armes d'Urchan, qui venait d'arriver à l'armée, de retour de son pèlerinage à la Mecque. Murad mena toutes ses troupes par le défilé de Succi (Ssuluderbcnd), le plus occidental de l'Huemus, qui, selon le rnpport d'Ammien Marcellin (6), s'élève graduellement du côté du nord ou de l'Illyrie, descend brusquement sur le versant de la Thrace, et ne peut être franchi qu'avec peine à l'aide de sentiers étroits, pratiqués à travers les rochers. Des deux côtés de l'Hœmus , à parlir du point où le Rhodope s'en détache pour s'avancer au sud, s'étendent de vastes pleines ; au nord se déploie la campagne de Jardika ou Sofia, habitée par les Daces au temps d'Ammien Mar- cellin (1); au sud celle de Philippopolis, où demeuraient les Thraces. A son troisième jour de marche, Murad atleigmt Ihliman (2) (l'ancien He'ike). Ici la route se pariage : à droite, un chemin facile et commode conduit à Sofia, Nissa et Schehrkoï (3); par celui de gauche, qu'inlerrompent souvent les eaux manquant d'écoulement, on arrive péniblement aux bains chauds de Gustendil, à l'angle où l'Orbelos se joint au Rhodope. Suivant le conseil de son vassal chrétien, le prince de Serradsch, Murad choisi! ce chemin, appelé Ssuluderbend, comme le plus court et menant le plus vite a l'ennemi. Trois jours après son départ d'Ihtiman, il atteignit la pi inr d'Alaeddin, où il s'arrêta deux jours, et, le lendemain, il était devant Gustendil, où il fut reçu amicalement par le seigneur du pays, son fidèle vassal; là, les guerriers fatigués trouvèrent une nourriture si abondante que, selon l'expression de Neschri (4), on voyait couler des ruisseaux de lait et de miel. La première halte fut dans la grande vallée d'U- lu-Owa (6), d'où Ewrenos fit une reconnaissance avec quarante cavaliers, et ramena quelques prisonniers (6). D'Ulu-Owa la marche se poursuivit vers Karatova (7), où l'on s'arrêla plus long'emps. Un envoyé de Lazare, qui, sous prétexte d'apporter un défi, n'était venu en réalité que pour voir l'état de l'armée, dut rendre grâces à son caractère, s'il ne reçut, pour prix de son insolent message, qu'une réponse dédaigneuse (8). Murad tint un conseil de guerre avec les chefs de son armée, et ton* furent d'avis de s'avancer dans le pays de l'ennemi. Ewrenos-Beg et Jigit-Pascha prirent la conduite de l'avant-garde. L'armée, tirant au nord, traversa les gorges de l'Orbelos, campa à Gunvschhisz;ir (1 ), sur la rive occidentale de la Morava, et passa le fleuve dans la nuit, tambour battant, enseignes déployées, en six divisions. La première était conduite par le grand vesir, la seconde par le prince Bajesid. la troisième par Aine-Beg, la quatrième par le prince .Iakub, la cinquième par Saridsch-Pas- cha, et la sixième par Murad en personne (2). la plaine de Kossova (en hongrois Rigomazeu, en allemand le champ des merles) a cinq mille pas de largeur et vingt mille de longueur; traversée par une petite rivière, elle est enfermée de tous cotés par des montagnes de peu d'élévation, auprès desquelles sont bâtis de jolis villages (3). Là, les troupes de Murad se trouvèrent en face de l'armée , bien supérieure en nombre, des grinces alliés de Servie, de Bosnie, d'Herzogewine et d'Albanie, et le sultan délibéra avec ses généraux pour savoir si l'on attaquerait sans s'arrêter à la supériorité de l'ennemi (4). Plusieurs furent d'avis df réunir les chameaux devant le front de l'armée , afin de jeter le trouble dans les rangs des Européens par l'aspect étrange de ces animaux (6), et de s'en servir en même temps comme d'une sorte de rempart. Le prince Bajesid combattit cette proposition. « Le ciel, disait-il , avait jusqu'alors couvert les armes ottomanes d'une protection si extraordinaire qu'il n'était pas besoin d'une telle ressource ; un stratagème de cette nature portait atteinte à la confiance que l'on mettait en Dieu ; il fallait combattre face à face et à découvert.» Le grand vesir appuya ce sentiment du prince par le résultat de la consultation faite dans la nuit sur les feuillets du Koran, selon la coutume. H était tombé sur ce passage: «0 Prophète, domute les infidèles et les hypocrites ! et, en effet, sou vent une faible troupe en abat une plusgrande(l). «Le beglerbeg Timur- lasch repoussa aussi la proposi'ion par des motifs puisés dans l'expérience de la guerre plutôt que dans la religion ; il représenta que les chameaux seraient effrayés par la grosse cavalerie plutôt qu'ils ne jetteraient la terreur dans les troupes opposées, et qu'en reculant, ils rompraient les rangs des Ottomans, au lieu de jeter le désordre dans ceux de l'ennemi (2). Le conseil se sépara à la nuit sans qu'une résolution eût été prise. Murad, découragé de voir que le vent, soufflant du côté de l'ennemi, chassait la poussière au visage des Ottomans, pria toute la nuit pour obtenir l'assistance d'en haut (3) et la faveur de mourir en martyr dans la défense de la vraie foi et de l'islam, qui seul peut donner la félicité. A la naissance du jour, les nuages de poussière tombèrent sous une pluie bienfaisante.

Du côté des alliés, dans le conseil de guerre, la proposition d'attaquer durant la nuit fut rejetée par Georges Castriota, qui prétendit que la nuit favoriserait la fuite de l'ennemi, le déroberait à sa destruction complète. Lorsque le ciel fut éclairci, les deux armées se trouvèrent en présence, prêtes au combat. Celle des infidèles, composée de Serviens, Bulgares, Bosniens, Albanais, Valaques, Polonais et même de Hongrois, d'après le témoignage de l'historien ottoman, était disposée dans cet ordre : Lazare, roi de Servie , commandait le centre, son neveu Wuk - Brankovich l'aile droite, et le roi de Bosnie, Thwarko, l'aile gauche. Les Ottomans étaient ainsi rangés : Murad choisit sa place accoutumée au milieu de l'ordre de bataille, le prince Bajesid prit le commandement de la droite, le prince Jakub la coqduite de la gauche. Au premier lurent adjoints Ewrenos-Beg et Kurd, aga des Asabes; au second, le subaschi Aine-Beg et le chef des pionniers Saridsche-Pascha. Haider, maître de l'artillerie, se tint au front avec ses pifces distribuées entre les janitschares.

I.a bataille s'engagea, et déjà l'aile gauche des Oltomans commençait à plier, lorsque Bajesid accourut à son secours, brisant devant lui les tètes des ennemis avec une massue de fer. l.esang coulait à grands flots. Tout à coup, au milieu des morts el des mourants, s'avance un noble servien, Milosch-Kobilovitsch, qui, s'ouvrant violemment un passage à travers les rangs des tschauschs et des gardes du corps, s'écrie qu'il veut confier un secret à Murad. Sur un signe du sultan, on le laisse approcher; le Servien s'élance, et, au moment où il se courbait comme pour baiser les pieds de Murad, il lui plonge son poignard dans le ventre. Les gardes du corps se précipitent sur l'assassin ; mais Milosch, plein de vigueur et d'agilité, en abat plusieurs; trois fois, par d'incroyables efforts, il échappe i la foule des assaillants, et cherche à gagner le bord du fleuve où il avait laissé son cheval, mais enfin, accablé par le nombre, il est renversé et mis en pièces (2). Cependant, malgré sa blessure mortelle, Murad eut encore assez de force d'Ame pour donner les ordres qui devaient achever la victoire. Lazare fut pris et amené dans la tente de Murad , qui se trouva en état de prononcer sa condamnation, et qui, avant d'expirer, vengea d'avance sa propre mort si prochaine par celle de son ennemi [1389].

Tel est le récit présenté par les historiens ottomans sur l'action de Milosch-Kobilovitsch ; les Grecs et les Serviens ne rapportent pas de même le meurtre du sultan. Si les Turcs ont l'habitude de rabaisser les actions glorieuses des chrétiens, ceux-ci sont trop disposés à grandir leurs héros, à les revêtir des plus brillantes couleurs. Il faut donc opposer les uns aux autres les témoignages contradictoires, et, dans le doute, s'abstenir de prononcer. Voici comme l'action de Kobilovitsch est racontée, non-seulement par les traditions serviennes, mais encore par l'un des Byzantins les plus dignes de foi, Jean Ducas, petit-fils de l'empereur de ce nom : « La veille de la bataille, le roi Lazare était à boire avec ses nobles dans des coupes appelées stravizas : « Vide cette coupe à ma sanlé, dit Lazare à Milosch, quoique tu sois accusé de nous trahir. Merci, sans les stravizas, répondit Milosch, la journée de demain prouvera ma fidélité.» Le lendemain matin, Milosch .«e rendit sur un puissant coursier dans le camp ennemi, et demanda comme transfuge à être admis à baiser les pieds du sultan, ce qui lui fut accordé. Alors, il se baissa, et, saisissant le pied de Murad, il le jeta il bas de son siège, en l'attirant en avant, et lui plongea son poignard dans le cœur. Puis il s'enfuit avec une telle rapidité qu'il parvint à atteindre son cheval; mais, avant qu'il pût s'élancer en selle, il tomba percé de mille coups par les janitschares. Aussitôt, les Turcs engagèrent la bataille en fureur pour venger l'assassinat de leur souverain. Lazare ordonna au chef des Bosniens, Wladko-Bu- kovich, de tenir tête aux Turcs avec vingt mille hommes. La première charge fut repoussée avec succès; mais, au moment où Wladko allait attaquer à son tour, le bruit se répandit dans l'armée que Tragos-Prowisch, général du despote , avait tourné ses armes contre les chrétiens; ce bruit, qui était faux, fut-il un effet du hasard ou bien un artifice des Turcs ? On ne sut; mais, quoi qu'il en soit, Wladko, effrayé, s'enfuit avec les Bosniens, et Lazare, abandonné des siens, tomba, sans résistance, avec ses nobles entre les mains de l'ennemi. Conduit dans la tente du sultan mourant, il apprit alors seulement comment Milosch-Kobilovitsch, au moment décisif, avait prouvé la foi par lui jurée. «-Grand Dieu, s'écria Lazare, en levant les mains vers le ciel, appelle maintenant mon âme à toi, puisque tu m'as accordé la grâce de contempler, avant ma mort, mon ennemi expirant, frappé de la main d'un guerrier fidèle. » A l'instant le souverain de Servie et ses nobles furent exécutés devant le sultan agonisant, qui put encore entrevoir leurs cadavres. Au reste, d'après l'une ou l'autre version, quelle que soit la véritable, Murad ne fut point frappé dans une attaque à découvert, dans un combat d'homme à homme ; le meurtre sur le champ de bataille a quelque chose de moins odieux que le coup porté dans la tente; Milosch, sortant d'un monceau de cadavres, aura bien pu exécuter le projet conçu et médité à l'avance ;

ainsi, la vraisemblance se trouve du côté des hisloriens otlomans. Quoi qu'il en soit, le nom de Milosch-Kobilovitsch est inscrit dans les annales des Ottomans comme celui d'un meurtrier: et il est répété par les Serviens comme celui du vengeur de la liberté de la patrie. Et toutefois, d'après le témoignage irrécusable des écrivains de la Servie, l'action de Kobilovitsch fut déterminée par l'ambition et par le désir de se laver du soupçon de trahison. Voici ce qui donna naissance à ce soupçon : Wukaschava et Mara, les deux filles de Lazare, étaient mariées, la première à Milosch, l'autre au rival de ce seigneur, Wuk-Brankovich. Les deux soeurs disputant un jour sur la valeur de leurs époux, Wukaschava appuya ses raisons par un soufflet. Mara se plaignit, en pleurant, à Brankovich. qui appela son beau-frère en duel. Le combat eut lieu avec la permission du roi. Milosch renversa son adversaire à bas de son cheval, et le vaincu, par un vil ressentiment contre son vainqueur, l'accusa d'intelligence avec les Turcs. On a vu comment, la veille de la bataille, le roi, en présence de tous les grands, présenta la coupe d'argent à Milosch (1), et comment celui-ci accomplit la parole qu'il avait donnée. Ainsi, son action héroïque fut provoquée p;ir une querelle de femmes. Au reste, le nom de Milosch-Kobilovitsch est perpétué chez les Serviens et les Otlomans de plus d'une manière (2). Dans l'arsenal du serai, on conserve son armure et l'équipement de son cheval (3); et l'usage, observé encore aujourd'hui, à l'entrée du serai, pour les audiences du sultan, de faire introduire sans armes le personnage présenté par des chambellans qui lui tiennent les bras, ce cérémonial, plein de mesures préventives, se rapporte au meurtre de Murad (4). Sur le champ de bataille de Kossova, on montre trois grandes pierres, placées à la distance de cinquante aunes l'une de l'autre, qui marquent les trois bonds par lesquels Kobilovitsch échappa aux gardes du corps lancés sur lui (5); une chapelle turque marque l'endroit où Murad succomba ; mais ses restes ne reposent point en ce lieu (1): ils furent transportés à Brusa et déposés contre la mosquée élevée pur ses soins.

La vie de Murad justifia pleinement les deux surnoms de Chudawendkiar (seigneur) (2) et de Ghasi (vainqueur), sous lesquels il est célébré dans l'histoire des Ottomans. Il fut un champion infatigable dans la guerre sainte, et presque toujours un maître équitable. Cet hommage lui est rendu par Chalcondylas lui-même, malgré l'exécution de Saudschi et la scène si trafique de Oemitoka, alors que le sultan faisait
précipiter dans les flots de la Marizza les jeunes nobles grecs, ses prisonniers (1).

La même année où Murad tomba sous le poignard de Milosch-Kobilovitsch, vit aussi mourir Behadeddin, le grand scheich des Nakschbeu- dis, elle premier des poètes lyriques persans, Hafis, dont le style est le modèle du mysticisme (2). Ce synchronisme est ici indiqué, parce qu'il marque le plus haut degré de mysticisme et de la poésie des Persans, qui dès lors commencent à exercer une grande influence sur la littérature des Ottomans.

(1) Amorales aulein per oumiaimitansaequUatemCyri Cambysis filii ; Chai coud, 1.

(2) iladschi-Chalfa, Tables* chronologique*.

(1) Idris, Neschri.

(2) Karasi, Kermian, Hamid, Mentesche, Tekke, Ai- din et Ssaru-Chan.

(3) La conquête de Mentesche et d'Aidin est rapportée par Seadeddin , Idris, Npschri ,1. c., Aali , Ssolaksade. fol. 20; Chalcondylas et Ducas, p. 7. Ce dernier nomme le prince d'Aidin Isa, celui de Ssaru-Chau Chirs, et celui de Karasi Elias.

(4) Notices et extraits delà Bibliothèque du roi, l.iv. p. 671.

(5) Neschri,fol. 96; Seadeddin, dansBralutti.p. 192.

(6) Ibid.

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Binvenue a tout les visiteurs

Je ponce que chaque étér humain a besoin de savoir d'oû on vienne, de quelle origine et quelle pays.
Par fois l'Encyclopédie ne sufit pas, ex. sur les origines du peuple serbe il manque la question clef; d'ou viens t-il les serbes d'Europe ?
Cet page vous fournie des doc. des pages des livres comme témoingage sur leurs origine et leurs véritable parcoure jus' que acctuélel Kosovo qui l'ont ocuper en 1217 aprés notre ére.


Vous conaissée l'histoire du peuple serbe ?